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Iris et couleur des yeux

Comment nait la couleur des yeux?

  L’iris est le diaphragme de l’œil. Il donne sa couleur aux yeux: bruns (marrons), verts ou bleus. L’iris est un des composants du tissu uvéal de l’œil (uvée), qui comprend également les corps ciliaires et la choroïde. De nombreuses interrogations existent quant à la couleur des yeux, et les possibilités de modifier celle-ci. Il est important de connaître quelques unes des caractéristiques du support anatomique de la couleur des yeux: l’iris.

Géométrie de l’iris

La géométrie de l’iris est celle d’un disque perforé d’une ouverture circulaire appelée pupille. Le diamètre de la pupille varie entre 1mm (conditions de forte luminosité, dites photopiques qui provoquent une constriction de la pupille appelée myosis) et 9 mm (conditions de faibles luminosité, dites scotopiques qui provoquent une dilatation de la pupille – mydriase). Les yeux dont la pupille est large et qui sont pris en photo au flash peuvent apparaître rouges sur le clichés. Cette couleur n’est bien entendu pas liée à la couleur de l’iris mais la retrodiffusion de l’éclairement du fond de l’oeil par un tissu richement vascularisé (rétine). Le diamètre de l’iris est proche de 12 mm. Son épaisseur varie, elle atteint 1.5 mm au niveau de la collerette de l’iris, qui est la zone la plus épaisse et située à environ 1.5 mm du bord pupillaire. La base ou racine de l’iris ne fait en comparaison que 0.5 mm d’épaisseur. Le bord pupillaire de l’iris repose sur la face antérieure du cristallin. L’iris forme une nappe comparable à celle d’un cône tronqué, car le bord  pupillaire est situé dans un plan légèrement plus antérieur que sa racine (en raison de la voussure du cristallin). L’iris représente la frontière entre la chambre antérieure et la chambre postérieure de l’œil. Ainsi, les implants dits « de chambre antérieure » sont insérés et placés en avant de l’iris. Les implants dits « de chambre postérieure » sont insérés en arrière de l’iris, contre le cristallin. Seule la face antérieure de l’iris est accessible à l’examen, et c’est cette face qui  donne sa couleur aux yeux.

Exemple d’iris (perçu comme) bleu: cette couleur est liée à l’absence de pigmentation de la couche antérieure de l’iris. Les yeux bleus ne possèdent pas un iris bleu (au sens où il ne contient pas de pigment bleu), mais cette couleur est liée à la diffusion préférentielle des courtes longueurs d'onde du spectre visible (tout comme l'atmosphère diffuse préférentiellement le bleu ce qui explique la couleur du ciel). Les variations locales de la couleur de l’iris faiblement ou non pigmenté sur sa face avant sont donc induites par la manière dont le tissu irien diffuse en réflexion la lumière incidente, qui est généralement polychromatique en eclairage naturel (soleil) ou artificiel (ampoules). C'est pour cela que les iris perçus comme bleus présentent souvent des variations apparentes d'intensité ou de bleu, ou encore
Exemple d’iris (perçu comme) bleu: cette couleur est liée à l’absence de pigmentation de la couche antérieure de l’iris. Les variations locales de la couleur de l’iris sont induites par la manière dont le tissu irien diffuse en réflexion la lumière incidente.  Quand la couleur d’un œil bleu tire vers le gris, la diffusion concerne un spectre de longueur d’onde plus large que pour le bleu soutenu (voir plus loin).

Histologie de l’iris

D’avant en arrière, on distingue plusieurs couches.

Description histologique simplifiée de l’iris. La couche antérieure est formée d’une matrice collagène où s’enchevêtre les fibroblastes, et des cellules pigmentées (mélanocytes) situées un peu plus en profondeur. Les yeux marrons, noisette et verts possèdent une proportion variable de ces cellules, dont sont dépourvus les yeux bleus.
Description histologique simplifiée de l’iris. La couche antérieure est formée d’une matrice collagène où s’enchevêtre les fibroblastes, et des cellules pigmentées (mélanocytes) situées un peu plus en profondeur. Les yeux marrons, noisette et verts possèdent une proportion variable de ces cellules, dont sont dépourvus les yeux bleus.

La couche antérieure de l’iris

Cette fine couche est une extension de la couche stromale : elle est la plus superficielle, et c’est elle qui donne son aspect et sa couleur à l’iris. Elle est composée de diverses cellules : les fibroblastes (qui fabriquent le collagène), des mélanocytes (qui contiennent du pigment). Ces cellules sont insérées dans une trame de fibrilles de collagènes. Les fibres de collagènes ont une orientation plutôt radiaire. Les fibroblastes ont une forme particulière : ces cellules forment de nombreuses interconnexions, qui sont en partie responsables des fines variations du relief cornéen (avec une alternance de petites saillies et de creux ou cryptes), et qui se distribuent de matière aléatoire. Ces structures jouent aussi un rôle dans la couleur apparente de l’iris, car elles provoquent une diffusion de la lumière visible, plus marquée dans les courtes longueurs d’onde (bleu). La densité du réseau formé par les expansions des fibroblastes varie d’un œil à l’autre. Sous la couche la plus superficielle des fibroblastes, se situent les cellules mélanocytaires. Quand elles se groupent en amas, elles forment des petits bourrelets pigmentés comparables à des neavi.

La couche stromale de l’iris et de son sphincter

La couche stromale est constituée de tissu collagène, de cellules pigmentées et non pigmentées. Au niveau de la collerette périphérique, le cercle artériel de l’iris est une structure vasculaire d’où partent les artères de l’iris, qui ont un trajet radiaire dirigé vers le bord pupillaire. Le sphincter de l’iris est un muscle lisse, dont la largeur est d’environ 1mm, et qui est responsable des mouvements de constriction de l’iris (réduction du diamètre de la pupille : le sphincter permet le myosis). Le sphincter est innervé par des fibres parasympathiques. L’épithélium antérieur et le muscle dilatateur A la partie plus profonde de l’iris se situe l’épithélium antérieur, qui est composé en grande partie de cellules myo épithéliales, dont les expansions dirigées vers le stroma forment le muscle dilatateur de l’iris. Du fait de leur orientation radiaire, la contraction de ce muscle provoque une dilatation de l’iris (innervation sympathique). Certains collyres stimulent la contraction de ces fibres, et permettent de dilater la pupille. On appelle certains de ces collyres des collyres « cycloplégiques ». Ils sont utilisés pour l’examen du fond d’œil, et également pour paralyser l’accommodation (étude de la réfraction cycloplégique, que l’on réalise souvent lors du bilan de chirurgie réfractive).

L’épithélium postérieur

L’épithélium irien postérieur est constitué d’une monocouche de cellules pigmentées. La pigmentation de ces cellules décroit en périphérie de l’iris, et cette couche devient alors la couche épithéliale du corps ciliaire. La couche pigmentée, la plus profonde, est celle qui peut laisser son empreinte à la surface du cristallin, lors de la survenue d’accolements répétés avec la face antérieure du cristallin (on appelle ces accolements des synéchies).

Couleur de l’iris/ Couleur des yeux

Avant d’étudier plus spécifiquement les facteurs qui influencent la couleur de l’iris (des yeux), il est important de rappeler quelques informations importantes qui concernent la notion de sensation colorée. La couleur d’une lumière perçue par l’œil (ou plutôt le cerveau) dépend de la ou les longueurs d’onde qui la compose(nt). La couleur d’un objet dépend ainsi de la lumière qu’il émet ou réfléchit et qui est captée par l’œil de celui qui l’observe. La couleur d’un objet est de fait influencée par la lumière qui l’« éclaire ». Dans des conditions habituelles, la lumière qui éclaire notre environnement terrestre est une lumière solaire, qui contient l’ensemble des radiations de la lumière visible (le mélange de ces radiations provoque une sensation de lumière « blanche »). Cueillie d’un pommier, une pomme nous semble verte car les pigments situés dans sa peau absorbent l’ensemble des radiations colorées de la lumière solaire qui l’illumine…sauf les radiations perçues comme vertes. Cette absorption est liée à l’interaction entre les photons et les électrons des atomes constitutifs des pigments concernés et situés dans la peau du fruit. Les radiations vertes sont réfléchies de manière diffuse dans toutes les directions. Si l’on éclaire la même pomme par une lumière rouge, elle apparaitra quasiment noire, car toute la lumière incidente (rouge) sera absorbée par les pigments: il en irait de même avec une pomme rouge éclairée par une lumière verte. Quelle que soit la quantité de lumière qu’il absorbe et réfléchit de manière diffuse, la couleur de l’iris de l’œil dépend avant tout du type de la lumière qu’il reçoit. C’est pour cette raison que les yeux, quelle que soit leur couleur « de base » en lumière naturelle, subissent des changements de tonalité en fonction des ambiances lumineuses (que ce soit en lumière naturelle ou artificielle, etc.). Un objet sombre (morceau de charbon) absorbe quasiment toute la lumière incidente, alors qu’un objet blanc la réfléchit de manière diffuse sans absorption préférentielle (ex : neige). Les mélanocytes de la peau humaine absorbent les ultraviolets et une part importante du spectre visible. Ils assombrissent la peau car celle-ci, absorbant plus de lumière, en réfléchit moins. Un objet qui laisse passer ou réfléchit de la lumière en la diffusant (en l’éparpillant dans toutes les directions) peut avoir un effet sur la perception colorée, s’il diffuse la lumière de manière plus ou moins sélective vis-à-vis de la longueur d’onde . En fonction de la taille des particules qui diffusent la lumière vis-à-vis de celle des longueurs d’onde considérées, certaines radiations colorées seront plus diffusées (déviation de leur trajet) que d’autres : plus l’objet est petit vis-à-vis de la longueur d’onde, et moins il affecte le trajet du rayon incident et réciproquement). Pour une lumière de composition « normale » (ex : lumière naturelle), la couleur de l’iris est influencée par plusieurs facteurs : – La structure et la densité des fibres collagènes du stroma antérieur et de la couche antérieure – La densité en cellules mélanocytaires (cellules pigmentées) – La densité des pigments contenus par les cellules mélanocytaires Schématiquement: – Plus le nombre de cellules mélanocytaires est élevé, plus celles-ci contiennent du pigment, et plus l’iris apparait marron et foncé ; en effet, la lumière incidente est absorbée par ces structures, qui la réfléchissent peu, et apparaissent donc sombres. – Les yeux bleus ont une couche antérieure dépourvue en cellules pigmentées : la lumière est peu absorbée, et elle est réfléchie et diffusée de manière plus marquée par des structures dont les dimensions microscopiques font que les courtes longueurs d’onde (bleu) sont plus diffusées que les longues (diffusion dite de Rayleigh : le bleu est diffusé environ 16 fois plus que le rouge). Ce type de diffusion explique aussi la couleur du ciel : les molécules et atomes présents dans l’atmosphère diffusent plus les radiations de longueurs d’onde bleues que celles de longueurs d’onde rouges. Ainsi, la lumière bleue est plus diffusée dans toutes les directions, et vers le sol, que la lumière composée de longueurs d’onde plus élevées (rouge). Quand on lève les yeux vers le ciel, on reçoit en proportion plus de radiations bleutées, et le ciel nous paraît donc bleu. Le soleil apparait jaune justement parce que les rayons lumineux qui parviennent à l’œil sont « appauvris » en bleu (par diffusion supérieure vis-à-vis des radiations plus longues). Les nuages sont blancs car ils diffusent de manière non préférentielles toutes les couleurs visibles. – Les structures iriennes antérieures diffusent également de manière préférentielle la lumière bleue : en l’absence d’absorption marquée (pas ou peu de mélanocytes), c’est une lumière plus intense et« enrichie » en bleu (relativement) qui revient vers l’œil de l’observateur.

iris bleu par diffusion

– Les yeux verts sont munis d’iris moyennement pigmentés, qui absorbent une partie de la lumière incidente. Le mélange entre lumière réfléchie et diffusée et l’absorption partielle aboutit à une perception colorée noisette clair à verte. Les variations de couleurs au sein d’un même iris sont expliquées par les variations d’échelle des structures diffusantes, les fluctuations en densité des cellules pigmentées, etc. La lumière qui n’est pas absorbée par la couche antérieure de l’iris ou diffusée en réflexion est transmise plus en profondeur est absorbée par les cellules pigmentées de l’épithélium postérieur. Les yeux albinos, dont la couleur est gris bleutés, sont dépourvus de pigmentation non seulement à l’avant de l’iris (couche antérieure) mais également à sa partie postérieure. Les patients albinos sont photophobes, parce que la lumière qui pénètre l’œil est trop importante.  

Changements de couleur des yeux

De nombreux patients expriment le souhait de changer définitivement de couleur des yeux: dans l’écrasante majorité des cas, il s’agit de patients aux yeux marrons, qui souhaitent avoir les yeux bleus. Parfois, les demandes sont plus particulières, pour obtenir un effet d’éclaircissement, voire une couleur peu naturelle mais spectaculaire. La pose de prothèses d’iris, en avant de l’iris naturel qui est alors masqué, permet de changer le couleur des yeux de manière spectaculaire.Des implants d’iris artificiel ont été proposé et posés (une technique  proposée récemment et dénommée « Bright ocular » repose sur cette approche). L’illusion est assez réussie, même si à faible distance (ou à l’examen à la lampe à fente), l’aspect de la prothèse diffère grandement de celle de la face antérieure de l’iris. Par ailleurs, le diamètre de la pupille (artificielle puisque constituée par un orifice d’environ 4 mm au centre de la prothèse) est fixe. Ceci réduit l’expression du regard qui apparait plus figé, notamment en conditions de faible luminosité.

iris blue bright ocular
Prothèse d’iris artificiel destinées à changer la couleur d’yeux initialement marrons. A faible distance ou après grossissement, la texture et le motif diffère grandement de celui d’un iris naturellement bleu (implant « ice gray »). Ici, la prothèse est teintée en bleu (elle absorbe toutes les couleurs du spectre visible sauf le bleu), alors que les yeux qui sont naturellement bleus possèdent un iris peu pigmenté qui induit la diffusion accrue de la lumière bleue.

La comparaison entre une examen de pupillométrie effectué avant et après la pose d’implants d’iris montre la fixité du diamètre de la pupille artificielle de la prothèse d’iris:

Implant iris pupillométrie
Pupillométrie effectuée avant et après implant d’iris (les images sont en noir et blanc). L’implant d’iris possède un orifice central dont le diamètre est de 4 mm. Avant l’intervention, la pupille naturelle se dilate dans la pénombre (conditions d’examen mésopiques). Après la pose d’iris artificiel en avant de l’iris naturel, le jeu pupillaire n’est plus visible. En bas à gauche, on devine une frange d’iris naturel, le centrage de la pupille artificiel étant légèrement décalé vis à vis de la pupille naturelle (flèche)

Dans un nombre important de cas documentés, cette implantation a occasionné des dégâts irréparables (glaucome sévère induisant une cécité légale dans certains cas). Les autres complications, qui paraissent inéluctables après un certain délai, associent uvéite chronique (frottements entre l’iris et l’implant),  et la perte en cellules endothéliales (cellules situées à la face postérieure de la cornée). L’inflammation intraoculaire générée peut également provoquer une hausse de la pression intraoculaire (glaucome). Lire cette publication scientifique rapportant le taux très élevé (>80%) de complication sévères: https://gatinel.studiowpdev.com/2020/04/complications-of-cosmetic-iris-implants-a-french-series-of-87-eyes-el-chehab-h-gatinel-d-dot-c-journal-of-cataract-and-refractive-surgery-2020-jan46134-39/ Malheureusement, il n’existe aucune technique fiable, efficace et dénuée de risque pour modifier de manière permanente et définitive la couleur des yeux. L’injection intracornéenne de pigments après tunnelisation au laser femtoseconde (kératopigmentation annulaire) a été proposée plus récemment . Elle s’inspire des techniques de kératopigmentation à visée thérapeutique (tatouage cornéen). Le tatouage avait pour objective de masquer des cicatrices claires sur le tissu cornéen. Le Pr Jorge Alio a décrit une technique au début des années 2000, où le pigment a été injecté dans un tunnel créé par le laser femtoseconde. Ce principe a été repris à visée esthétique.

kératopigmentation
Aspect cosmétique (kéraompigmentation biltérale: teinte bleu/gris)

Si cette technique paraît moins invasive que l’insertion de prothèse d’iris, elle induit une opacification cornéenne définitive annulaire périphérique.

keratomigmentation aspect biomicroscopique slitlamp; lampe à fente
Aspect au biomicroscope; On visualise le chenal réalisé pour accérer au tunnel périphérique à 6h / 12h.

Un laser femtoseconde est utilisé pour créer un tunnel circulaire périphérique, dans lequel une solution de pigments colorés est injecté. Ce laser femtoseconde est le même que celui qui est utilisé pour la chirurgie réfractive (création du capot en LASIK, ou du lenticule en SMILE). Si la tolérance à court terme des pigments utilisés semble bonne, une inconnue persiste pour la le long terme. L’opacification de la périphérie cornéenne peut provoquer une gêne pour examiner certaines structures intraoculaires comme la périphérie rétinienne.

OCT Abterion post pigmentation à visée esthétique: keratopigmentation
Coupe en imagerie OCT: on visualise l’interface où a été déposé le pigment (liseré blanc), à une profondeur proche de 250 microns.

La réduction apparente du diamètre de la pupille peut occasionner une gêne en vision nocturne. Enfin, le résultat cosmétique de ce type de chirurgie est variable; il dépend beaucoup de l’éclairage incident et de l’angle de vue. De face, les résultats sont souvent flatteurs, avec un changement de couleur qui, s’il n’est pas trop extrême, peut avoir l’air assez naturel. Observé de côté, le rendu global demeure imparfait car la teinte est délivrée dans le plan de la cornée; comme avec les lentilles de couleur, le regard peut apparaître comme peu naturel voire « vitreux » (aspect d’oeil de poisson).

pigment iris kératopigmentation esthétique
Vue de trois quart: le galbe cornéen provoque un aspect peu naturel de la couleur de l’oeil.

  Ceci est particulièrement visible de profil:

keratopigmentation de profil (oeil bleu gris)
Aspect de profil : iris initialement marron foncé.

  La dépigmentation du feuillet antérieur de l’iris est une autre approche pour modifier la couleur dex yeux. Des études concernant l’utilisation d’impacts de laser Yag sur la couche antérieure de l’iris sont en cours compagnie Stroma médical); ces impacts provoquent une inflammation de cette couche superficielle, et des phénomènes cellulaires impliquant l’action de macrophages recrutés ( et ingérant alors les cellules pigmentaires et la mélanine). Les effets de cette technique semblent limités sur le plan cosmétique, l’iris prenant une teinte plutôt grisâtre que bleue en regard de la zone des impacts. Son efficacité mais aussi son innocuité demeurent à démontrer; cette technique est en cours d’évaluation depuis de nombreuses années, mais n’est pas actuellement disponible en dehors d’essais cliniques réalisés dans certains pays comme les Philippines. Il est bien entendu possible de porter des lentilles de contact « de couleur » pour obtenir, le temps d’une journée, des yeux d’une couleur différente. Rappelons que les lentilles de couleur, comme les lentilles de correction (il existe d’ailleurs des lentilles de correction colorées) sont des dispositifs qui ne doivent être posés que sous contrôle médical et contactologique, et en respectant des règles d‘utilisation et d’entretien très strictes. Le résultat cosmétique de ces procédés est souvent jugé décevant : la couleur « bleue » des yeux n’est pas forcément aisée à reproduire, étant donné le mécanisme optique à l’origine de cette coloration bleutée (diffraction et non pigmentation sélective). Certaines affections oculaires provoquent une modification de la couleur de l’iris: la cyclite de Fuchs est responsable, du côté de l’atteinte, d’un éclaircissement de la couleur de l’iris, en raison de la disparition progressive des cellules pigmentées. On parle alors d’hétérochromie irienne.

hétérochromie irienne, yeux vairons
Exemple d’hétérochromie irienne: dans cet exemple, les deux yeux étaient initialement de la même teinte (celle de l’œil droit de la patiente). Cette teinte était vert avec une coloration plus brune vers la pupille (due à une proportion croissante de pigment mélanocytaire du feuillet antérieur de l’iris en allant vers le bord pupillaire). Une pathologie appelée cyclite (ou uvéite) de Fuchs est apparue: cette pathologie dont l’origine exacte est inconnue est caractérisée par la présence d’une inflammation de l’œil, plus précisément du tissu uvéal. L’inflammation prolongée est responsable d’une disparition progressive des mélanocytes et du pigment irien. L’iris prend alors une teinte bleutée.

L’hétérochromie peut être congénitale, comme dans l’exemple suivant:

Yeux "vairons", hétérochromie congénitale.
Yeux « vairons », hétérochromie congénitale.

      Les collyres contenant des dérivés des prostaglandines, utilisés pour réduire la pression intra oculaire chez les patients atteints de glaucome (ex: latanoprost, formules commerciales: Xalatan, Lumigan, Monoprost, etc.) provoquent une augmentation de la pigmentation irienne, et peuvent ainsi rendre les yeux bleus moins bleus (et les yeux verts plus foncés), voire marron. Cette pigmentation est définitive. Il est préférable d’utiliser une autre classe de collyre anti glaucomateux chez les sujets aux iris bleus, qui souhaitent conserver cette coloration. En chirurgie oculaire, en particulier de la cataracte, une lésion de l’iris peut provoquer une décoloration locale de l’iris. Les modifications permanentes du diamètre de la pupille peuvent également donner une impression de modification de la couleur de l’oeil concerné. Un exemple célèbre est celui du regretté artiste anglais David Bowie, dont les yeux n’étaient pas véritablement vairons; victime d’un traumatisme local dans l’enfance, la pupille de l’oeil gauche de Bowie restée en mydriase (dilatation permanente), ce qui assombrissait l’aspect de cet oeil à la pupille dilatée, vis à vis de l’autre oeil à l’iris clair. Cette particularité donnait l’illusion d’yeux vairons, et une impression d’étrangeté particulière liée à la perception plus ou moins subliminale d’une différence de taille de pupille (anisocorie). Rappelons enfin que la chirurgie réfractive cornéenne (LASIK, PKR, etc.) ne provoque aucune modification de la couleur des yeux!

136 réponses à « Iris et couleur des yeux »

  1. Marie Laure chevalier

    Je vois des points noirs devant mes yeux c est quand je bouge les yeux

  2. Dr Damien Gatinel

    Les frottements oculaires, si très appuyés, pourraient entrainer de la dispersion mais cela supposerait un écrasement de la cornée contre l’iris, ce qui est possible en périphérie de celui-ci. IL est bien entendu nécessaire de ne plus frotter. La dispersion pigmentaire est généralement liée à une conformation particulière du segment antérieur de l’oeil. Une sureveillance, en particulier de la pression intraoculaire, est indiquée.

  3. LAUGEL

    Bonjour Docteur,
    On vient de me diagnostiquer aux urgences des 15-20 une dispersion pigmentaire. Je souhaiterai savoir si celle-ci a pu être causée par mon habitude fréquente de me frotter assez fortement les yeux lorsqu’ils me démangent et surtout par mon habitude de porter un masque oculaire qui appuyait légèrement sur mes globes et comme pendant 15-20 mn chaque cycle de sommeil de 90 mn on a du sommeil paradoxal pendant lequel les yeux bougent à toute vitesse (vitesse angulaire de 900°/seconde selon ce que j’ai trouvé); ceci aurait favorisé de fréquents frottement de la face postérieure de mes iris contre les fibres zonulaires antérieures des cristallins, d’où cette érosion pigmentaire et ce pigment qui se disperse dans l’angle trabéculaire, avec risque de glaucome (pour l’instant à 20) ? Maintenant que j’ai supprimé ces 2 mauvaises habitudes, y a-t-il possibilité d’une réversibilité ?

  4. Dr Damien Gatinel

    Il s’agit plutôt d’un naevus irien (équivalent au « grain de beauté » cutané), constitué de cellules mélanocytaires.

  5. Maire

    Bonjour,
    J’ai les yeux qui sont vert ( vert foncé sur les extérieurs puis plus clair tourant au jaune vert l intérieur)
    Mais sur mon oeil gauche j ai une tache marron qui prends pas mal de place sur mon iris, est ce considéré comme des yeux vairons ?

  6. Bonjour
    Connaissez-vous la technique développée par le docteur Pedro Grimaldos à Barcelone?
    Il parle d’un laser 7G et un ophtalmologiste français en parle comme étant absolument éprouvée et sans danger.
    Merci!

  7. Dr Damien Gatinel

    Il est effectivement formellement déconseillé de tenter de modifier la couleurs de ses yeux avec des implants iriens : les suites peuvent être dramatiques effectivement.

  8. Biba Gherabi

    Ne le faites jamais. Je l’ai fait, et le seul conseil protéger vous. Moi j’ai détruit mes yeux. Garder les vôtres. La vie est un véritable don.

  9. Gest

    Bonjour,

    Depuis petite j’ai toujours eu les yeux bleus/gris comme ma mère. (Mon père a les yeux marrons /vert). Seulement voilà, ca fait quelques mois que quelques sections de verts apparaissent sur mes yeux en particulier mon oeil droit. J’aurais aimé savoir à quoi était ce du et cela est il problématique niveau santé ?)

  10. Dr Damien Gatinel

    Je vous invite à consulter un ophtalmologiste car il pourrait s’agir d’un naevus irien dont la taille augmenterait avec le temps et expliquerait cette hétérochromie acquise.

  11. Sophie

    Bonjour,
    Je suis née avec les deux yeux bleus, mais depuis la puberté (vers mes 11 ans), une hétérochromie partielle sectorielle est apparue dans mon iris gauche et s’étend de manière à peine perceptible au fil des années. Maintenant, j’ai 23 ans, et mon oeil gauche est quasiment à moitié marron et à moitié bleu.
    Cela n’a aucune incidence sur ma vue et mon confort oculaire, mais quand je me renseigne sur Internet, il est dit que l’hétérochromie apparaît soit à la naissance soit à cause d’un problème de santé. J’aimerais comprendre mon cas puisque je n’ai pas de problèmes de santé oculaire. J’ai toujours pensé que c’était juste esthétique mais je me pose des questions maintenant.

  12. Dr Damien Gatinel

    A priori aucune démonstration scientifique d’un lien entre structure de l’iris et risque pathologique général n’a pu être faite, mais on peut en revanche parfois déceler certaines affections comme le diabète évolué et mal équilibré (néovaisseaux iriens), sans parler bien entendu des pathologies qui concernent primitivement l’iris (uvéites, kystes, etc.).

  13. LE POTTIER Emmanuelle

    Bonjour,
    Je souhaiterais savoir ce que vous pensez de l’iridologie? Y a-t-il selon vous un lien possible entre trame/couleur de l’iris et des prédispositions métaboliques et/ou pathologiques ?

  14. Dr Damien Gatinel

    A priori non, il faut toutefois faire une photo de l’iris (au téléphone portable, surtout si équipé d’un modèle macro) qui servira de référence pour le futur.

  15. aurelia

    Bonjour. Mon fils de 6 ans à une bande radiale d’iris comme decolorée dans ton oeil gauche. J’ai consulté un ophtalmologue qui m’a dit qu’il l’a probablement toujours eu, et donc que ce n’est rien, juste une particularité. Mais je n’avais jamais remarqué avant. Peut-il y avoir une pathologie associée? Merci.

  16. Dr Damien Gatinel

    Il s’agit probablement d’un naevus (équivalent des grains de beauté sur la peau) de l’iris. Si la dimension et l’aspect de ce point ne changent pas dans le temps, il n’y a pas d’inquiétude particulière à vavoir.

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