L’aberrométrie est utile pour quantifier et qualifier les aberrations optiques de l’œil ; elle peut être utilisée pour en préciser l’origine (topographie cornéenne et aberrométrie acquises de manière conjointe grâce à l’OPD SCAN 3). Le calcul du front d’onde cornéen permet de réaliser des traitements à visée « cornéoplastique», comme l’illustre l’exemple suivant. Un patient présente des séquelles de plaie cornéenne de l’œil droit (lacération). Sa vision est mesurée à droite à 4/10 sans correction et 8/10 avec +1 (-3×60°). Il se plaint d’une vision en permanence floue avec sensation de « voile », et d’une réduction de la perception des contrastes, surtout quand la luminosité se réduit. L’examen au biomicroscope montre une taie cornéenne oblique et superficielle.

L’épaisseur cornéenne est conservée. Dans ce contexte, il faut tenter d’établir si la baisse de vision est liée à la réduction de la transparence (opacité cornéenne) ou bien à l’induction d’aberrations de haut de gré (astigmatisme irrégulier). La topographie cornéenne (à gauche : courbure antérieure, mode axiale) montre la présente d’une toricité irrégulière (astigmatisme cornéen irrégulier, asymétrique). Les indices SRI (Surface Regularity Index) et SAI (Surface Asymetry Index) sont anormaux ; ils contribuent à classer cette cornée comme suspecte de dégénérescence pellucide marginale par le logiciel « corneal navigator » (ce diagnostic est erroné, car le logiciel est conçu pour l’analyse automatisée de cornées indemnes de traumatisme). L’analyse de la carte de la réfraction dans la pupille (carte OPD, à droite) objective le caractère « irrégulier » de l’astigmatisme réfractif, et son origine cornéenne.

La carte OPD, qui est une représentation des variations de la réfraction locale au sein de la pupille objective les fluctuations de la puissance locale. Elles sont assez marquées, et expliquent les symptômes visuels : les rayons lumineux ne focalisent pas en un même point, quelle que soit la correction lunette. Les fluctuations locales de la réfraction sont la conséquence des aberrations de haut degré, elles même induites par la déformation de la surface cornéenne.

La carte suivante révèle le type et le taux des aberrations optiques de haut degré : l’aberromètre permet le recueil des aberrations de haut degré de l’oeil entier. Le logiciel fournit également une représentation du front d’onde cornéen, à partir des informations recueillies par le topographe au niveau de la face antérieure de la cornée. Par soustraction, il est possible de calculer le front d’onde interne (contribution des dioptres oculaires autres que la face antérieure de la cornée: face postérieure de la cornée, et cristallin).

L’utilisation des aberrations optiques de haut degré permet d’établir une carte d’acuité visuelle simulée:

Chez ce patient, la dégradation de la qualité visuelle est induite par la déformation cornéenne; il faut régulariser la surface antérieure de la cornée, en lui rendant un galbe plus harmonieux. C’est au prix de cette « cornéoplastie » que l’on peut espérer en améliorer la qualité optique. L’utilisation d’une photoablation personnalisée au laser excimer est logique ; l’épaisseur cornéenne est normale, et la photoablation pourra aussi permettre d’améliorer la transparence de la cornée. Le profil d’ablation est établi à partir de la réfraction et du front d’onde cornéen (corneal wavefront). Les informations topographiques sont utilisées pour établir un profil d’ablation spécifique pour l’irrégularité (encadré).

Un traitement guidé par le front d’onde oculaire est également envisageable, mais son recueil risque d’être entaché d’erreurs, en raison de l’importance de la déformation cornéenne et des anomalies de transparence. Dans ce contexte, il est préférable d’opter pour une photoablation guidée par la topographie cornéenne (topolink). Après délivrance de la photoablation personnalisée en surface (technique de PKR guidée par la topographie), et une phase de cicatrisation de quelques mois, on observe une nette réduction de l’irrégularité de la surface cornéenne, et l’amélioration conjointe de la qualité optique de la cornée. On remarque notamment la normalisation des indices de régularité cornéenne.

La régularisation de la courbure cornéenne antérieure permet de réduire l’amplitude des fluctuations réfractives au sein de la pupille (elles sont dorénavant comprises entre -1 et +1 D, contre -6 et +6 avant le traitement laser). Les cartes de front d’onde objectivent la réduction du taux d’aberrations optiques de haut degré:

L’étude du front d’onde oculaire entier, cornéen et interne confirme la réduction du taux d’aberrations optiques de haut degré d’origine cornéenne.

La comparaison entre les cartes d’acuité visuelle simulée et de Modulation Transfer Function (MTF) préopératoire et postopératoire permet d’objectiver le gain de qualité de l’image rétinienne et du transfert de contraste de celle-ci.

En conclusion, cette exemple illustre les bénéfices de l’aberrométrie pour la compréhension et l’objectivation des perturbations visuelles nées d’un traumatisme de la cornée. De plus, la possibilité d’établir un relevé d’aberrations pour les différentes composantes oculaires permet d’établir une thérapeutique ciblée (cornéoplastie par délivrance d’un traitement guidé par la topographie cornéenne – calcul du front d’onde cornéen).
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